LE GHETTO NOIR DE LA PREMIERE MOITIE DU XXe SIECLE

Comme nous l’avons vu dans notre article précédent, traitant de la formation des ghettos noirs, au début du XXe siècle des milliers d’Africains-américains quittent le sud des États-Unis pour s’installer dans les grandes métropoles du nord. Cet important mouvement de population, sans précédent dans l’histoire américaine, a pour cause principale les difficultés économiques et sociales que connaissent les Noirs dans le sud en raison de la ségrégation.

Des villes comme New York, Detroit et Chicago accueillent alors chaque années des milliers de migrants noirs venus du sud à la recherche de meilleures conditions de vie. Les quartiers noirs s’étendent peu à peu à l’image du South Side de Chicago qui  devient une véritable ville dans la ville avec ses institutions (églises, magasins…) réservées aux Noirs.

Le ghetto, un lieu de diversité

Le ghetto noir du début du XXe siècle se caractérise par sa diversité sociale. Celui-ci est alors une sorte de microcosme de la société américaine. Des familles noires appartenant à la classe moyenne voire aisée (pasteurs, avocats, médecins…) y cohabitent avec des familles plus modestes.

La cohabitation dans le ghetto d’individus ayant des situations économiques et sociales variées trouve son explication dans la ségrégation. Bien que plus subtile et moins éprouvante que dans le sud des États-Unis la ségrégation,surtout spatiale, est bien présente dans les villes du nord.  Ainsi les Noirs n’ont pas d’autres choix que de vivre  dans des quartiers séparés et ce qu’importe leur niveau sociale.

Des relations difficiles avec les autres communautés

L’arrivée massive de populations noires dans les villes du nord est alors perçue comme une menace. Certains quartiers exclusivement habités par des blancs mettent en place des règles tacites empêchant toute installation de personnes considérés comme non Blanches par exemple les migrants irlandais, longtemps considérés comme non Blancs, et noirs.

Les relations sont aussi difficiles entre les Noirs et les migrants récemment arrivés aux États-Unis. Ces derniers voient d’un mauvais œil  l’arrivée des Noirs qui les concurrencent sur le marché du travail. Les Noirs sont accusés d’accepter de bas salaires et d’être des briseurs de grève, puisqu’ils étaient régulièrement embauchés par les patrons d’usines afin de palier à l’absence des ouvriers lors des grandes grèves syndicales du début du XXe siècle.

Les tensions entre les Noirs, les Blancs (WASP) et les migrants atteignent un pic lors de l’été 1919 aussi connu sous le nom de Red Summer. Durant cet été des émeutes raciales éclatent dans plusieurs villes américaines comme Washington D.C, New York, la Nouvelle-Orléans ou encore Philadelphie. On recense en tout 25 villes touchées par des émeutes durant cet été.

L’une des émeutes les plus connues est  celle de Chicago qui débute suite à la noyade d’un enfant noir s’étant baigné dans une plage du Lac Michigan réservée aux Blancs.

Un ostracisme social à l’origine de mouvements politiques et culturels

Figures de la Harlem Renaissance

Le confinement des Noirs dans des quartiers réservés et les discriminations qu’ils subissent aussi dans le nord sont à l’origine de mouvements politiques et culturels dans les ghettos noirs.

Parmi ces mouvements on peut citer l’Universal Negro Improvment Association (UNIA) fondée par Marcus Garvey en 1917 et qui s’établit aux États-Unis, plus précisément à Harlem (New York), en 1919. Premier véritable mouvement politique de masse noir, Marcus Garvey organise régulièrement d’immenses processions dans Harlem,  l’UNIA prône la fierté noire et l’exode des Noirs vers l’Afrique.

Mais le mouvement noir de l’époque le plus connu reste la Harlem Renaissance, aussi connue sous le nom de The New Negro, qui s’étend des années 1920 aux années 1930. La Harlem Renaissance débute par les travaux d’intellectuels noirs comme William E. B. Dubois visant à montrer l’importance et la singularité de la culture noire aux États-Unis. Le mouvement s’étend rapidement à tous les domaines artistiques comme la musique, la peinture et la littérature et connait un retentissement mondiale. Parmi les grandes figures de la Harlem Renaissance on peut citer les musiciens Louis Amstrong et Duke Ellington mais aussi le romancier Langton Hugues.

Des mouvements religieux noirs émergent aussi à la même époque. Le plus connu d’entre eux est la Nation of Islam fondée par Wallace D. Fard en 1930. Mélange d’Islam et de la tradition nationaliste africaine-américaine, la Nation of Islam prône la supériorité des Noirs.

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