POPULATION ET REPRESENTATION DES HABITANTS DU GHETTO : MASCULINITE ET STEREOTYPES AFRICAINS-AMERICAINS DES ANNEES 1990

Les films de la Blaxploitation ont, comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, consacré tout un panel de personnages africains-américains.

Boyz N the Hood (1991)

De nouveaux types de représentation de la masculinité noire

La naissance du  cinéma New Jack dans les années 1990 consacre  à son tour un nouveau panel de représentations stéréotypées, symbolisant les tourments de son époque.

En effet, dans les années 1990, les nouveaux réalisateurs noirs issus de milieux modestes (pour la plupart) crèvent l’écran. Ils s’illustrent notamment en raison de leur engagement, de leur inventivité (qui pallie souvent un manque de moyen et de bagage technique assez évident) et de leur volonté de représenter le ghetto noir urbain tel qu’il est réellement, et non vu au travers du prisme d’une Amérique blanche.

Aujourd’hui encore, certains de ces films New Jack  demeurent des références incontournables, de véritables plongées au coeur du ghetto.
Boyz N the Hood (1991) montre plusieurs facettes de l’homme Noir habitant du ghetto. Le personnage principal interprété par Cubba Gooding Jr est issu des milieux pauvres de Compton en Californie. Il est sans cesse tiraillé entre la tentation de l’argent facile de la rue (traffics en tous genres) et l’éducation stricte de son père (interprété par Laurence Fishburne), qui souhaite pour lui une vie meilleure.

Les acteurs Laurence Fishburne et Cuba Gooding Jr. dans le film Boyz N the Hood (1991)

Une fois encore, ce n’est pas tant le personnage du « Black criminal male stereotype » tant décrié par les médias américains conservateurs qui est mis en avant, c’est un habitant des quartiers pauvres, en manque de repères et en lutte contre ses démons intérieurs qui est offert à la vue du spectateur.

Toutefois, on note que ce genre de portrait conduira, par la suite, à la surrenchère et à la caricature comme dans les très célèbres CB4 (Tamra Davis, 1993)  et Spoof Movie (Paris Barclay, 1996), tous deux des parodies des films New Jack profondément associés à une époque, une culture, une musique (New Jack Swing,  Gangsta Rap) et surtout, à une volonté des réalisateurs de s’émmanciper de l’imagerie traditionnelle des films sur le ghetto.

Le dernier exemple que nous pouvons citer est celui du film  New Jack City (Mario Van Peebles, 1991). Dans ce film, le personnage de Nino Brown (Wesley Snipes) incarne le dealer le plus influent de New-York. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier Nino: il est charismatique, intelligent, machiavélique et dangereux. Autrement dit: il est un personnage auquel les spectateurs (Noirs) voudront s’identifier, car il est l’apogée de l’ « American Dream » tant convoité par des populations des ghettos frustrées et résignées du manque de moyens et d’opportunités auxquelles elles se heurtent quotidiennement.

Wesley Snipes incarnant le rôle emblématique de Nino Brown dans le film New Jack City (1991)

Pour conclure, ce que l’on peut dire des films issus du courant « New Jack » et de leur représentation de la masculinté noire, c’est que ces films sont en droite ligne de la Blaxploitation en ceci que les personnages masculins représentés s’émancipent des carcans stéréotypés dans lesquels ils sont enfermés depuis le début . Tour à tour rusé, menteur, escroc mais aussi fort et armé, le « criminal Black male sterotype » apparaît tant comme un Noir que comme un être humain à part entière, ce qui est encore inédit dans le cinéma américain de l’époque.

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