LA FORMATION DES QUARTIERS URBAINS NOIRS

La présence des Noirs aux États-Unis remonte aux XVIIe siècle, puisque que les premiers esclaves africains furent débarqués en 1619. A partir de cette date des millions d’Africains furent déportés vers les États-Unis afin de servir de main-d’œuvre servile dans l’agriculture alors en pleine expansion. La majorité des esclaves sont alors vendus dans le sud des États-Unis (Virginie, Georgie, Caroline du nord et du sud, Alabama, Mississippi…) où se trouvaient les grandes plantations agricoles (coton, tabac, etc).  L’esclavage a aussi existé dans des états situés plus au nord comme le Kentucky et l’Illinois. « L’institution particulière », nom donné aux États-Unis à l’esclavage, a perduré jusqu’à la seconde partie du XIXe siècle. Elle a été abolie suite à la victoire des états du nord sur les états du sud, organisés en confédération,  lors de la guerre de Sécession (1861-1865).

La Grande Migration

Au lendemain de la guerre de Sécession, en 1865, plus de 90% des Africains-Américains vivent dans le sud des États-Unis. La population noire est en majorité composée d’anciens esclaves libérés auxquels s’ajoutent quelques milliers de Noirs libres, parvenus à racheter leur liberté ou affranchis par leur maitre bien avant l’abolition de l’esclavage.

A la fin du XIXe siècle, les états sudistes se dotent progressivement de lois discriminantes à l’encontre des Noirs. Le but avoué de ces lois est de rétablir l’ordre sociale  qui existait avant la guerre de Sécession et donc de remettre les Noirs, considérés comme inférieurs, à « leur place ». Ainsi plusieurs états du sud mettent en place des lois légalisant la ségrégation urbaine et sociale mais aussi politique puisque les Noirs perdent progressivement les droits civiques obtenus à la suite de l’abolition de l’esclavage.

En 1896, la Cour Suprême des États-Unis déclare légale la ségrégation dans les états du sud basée sur le principe « séparés mais égaux » suite à l’affaire Plessy contre Freguson. L’ensemble de ces lois discriminatoires sont connues sous le nom de Jim Crow Laws (Lois Jim Crow), du nom d’une célèbre chanson appartenant au répertoire des minstrels shows, spectacles itinérants où des comédiens blancs grimés en Noirs parodiaient la supposée manière de vivre de ces derniers.

A côté de ces législations discriminantes différentes organisations prônant la suprématie blanche se développent dans le sud. C’est le cas du Klu Klux Klan, fondé dès 1865 en Georgie et connu pour ses attaques parfois meurtrières à l’encontre des populations noires mais aussi de toutes personnes remettant en cause l’ordre établi dans le sud.

Tout contact rapproché entre les populations noires et blanches était prohibé, sauf dans certains cas notamment professionnel, et tout manquement à ces règles était violemment réprimandé.

On constate ainsi, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une multiplication des lynchages, on recense au total 3 445 lynchages de Noirs officiellement connus entre 1882 et 1968. Très violents, puisqu’ils étaient généralement accompagnés de tortures et de mutilations, les lynchages ont été un moyen de préserver l’ordre social par la terreur.

Lynchage de Thomas Shipp et Abram Smith à Marion, Indiana, 7 août 1930

C’est dans ce contexte difficile sur le plan politique, social mais aussi économique, puisque les discriminations restreignent les possibilités d’emplois des Noirs qui se retrouvent cantonnés à des activités pénibles et peu rémunérées comme femme de ménage et métayers, que l’on assiste à un mouvement de migration d’une importante partie de la population noire du sud vers le nord.  Si au début du siècle, les Noirs quittant le sud pour le nord ne sont que quelques milliers le mouvement s’accélère durant la Première Guerre Mondiale. En effet, durant cette période l’industrie de guerre tourne à plein régime et réclame une main-d’œuvre importante. Beaucoup de Noirs sont alors recrutés par des usines comme celle de Ford et General Motors situées à Detroit où ils perçoivent de meilleurs salaires, même si ceux-ci restent inférieurs à ceux des ouvriers blancs et que les Noirs occupent en majorité des emplois peu qualifiés.

La migration des Noirs du sud vers le nord et l'est des Etats-Unis

Ainsi les grandes métropoles du nord des États-Unis comme Chicago et Detroit deviennent de véritables terres promises pour les Noirs du sud en raison des opportunités économiques qu’elles offrent mais aussi en raison de leur situation sociale moins pénible que dans le sud.

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