INTRODUCTION

Ghetto movies, Hip hop movies, cinéma New Jack ou encore Hood movies…Les noms n’ont pas manqué pour désigner ce nouveau courant cinématographique ayant émergé au début des années 1990 aux États-Unis.

Qu’est-ce que le cinéma New Jack ?

Le cinéma New Jack, terme que nous avons décidé d’utiliser dans ce blog, doit son nom au journaliste américain Barry Micheal Cooper.

Le terme de cinéma New Jack désigne l’ensemble des films réalisés dans les années 1990 et dont l’action principale se déroule dans les quartiers défavorisés habités par une partie de la population africaine-américaine,et d’autres populations comme les Hispaniques, aussi appelés ghetto.

Le cinéma New Jack se caractérise aussi par des castings essentiellement composés, notamment au niveau des rôles principaux, d’Africains-américains.

L’adjectif New Jack désigne à l’origine un courant musical, le New Jack Swing, qui est une fusion de la musique Rap et du Rythm & Blues moderne (R&B). Ce courant musical, initié par le producteur Teddy Riley à la fin des années 1980, connait un succès important au début des années 1990, à la même époque que son homologue cinématographique. On retrouve d’ailleurs beaucoup de productions New Jack Swing dans les bandes originales des films New Jack.

Plus qu’un nouveau courant cinématographique le cinéma New Jack marque l’apparition d’une nouvelle génération de réalisateurs noirs sur le devant de la scène, à l’image de John Singleton et Mario Van Peebles.

A travers ce blog nous voulons étudier les différents types de représentations du ghetto noir, ici les quartiers urbains défavorisés a  forte population africaine-américaine, dans les films réalisés par des Noirs entre 1991 et 1993.

Bien que le cinéma New Jack s’est développé tout au long des années 1990 et continue de nos jours à faire des émules, la plupart du temps des films de série B reprenant ses codes.  Nous avons décidé de concentrer notre étude, et donc ce blog sur une courte période allant de 1991 à 1993. Le choix de cette période est du au fait que  la plupart des films marquants du cinéma New Jack ont été réalisés durant cette période.

Cette étude s’appuie sur un corpus de cinq films :

  • Boyz N the Hood (John Singleton, 1991)
  • New Jack City (Mario Van Peebles, 1991)
  • Juice (Ernest R. Dickerson, 1992)
  • Just Another Girl on the I.R.T (Leslie Harris, 1992)
  • Menace II Society (Albert et Allen Hughes, 1992)

 

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LE GHETTO CINEMATOGRAPHIQUE : LES PREMICES

La représentation du ghetto noir sous toutes ses formes dans le cinéma américain n’est pas l’apanage des années 1990. En effet, dès la fin des années 1960 nombreux sont les films dont l’action principale se déroule dans les ghettos.

La Blaxploitation

Courant cinématographique marginal à ses débuts à la fin des années 1960 la Blaxploitation, contraction des termes black et exploitation devient un courant cinématographique populaire au début des années 1970. La Blaxploitation s’est définie comme un courant en opposition au cinéma dit mainstream,  c’est à dire celui  produit par les grands studios hollywoodiens, qui cantonne depuis ses débuts les Noirs dans des rôles stéréotypés (la Mammy, le Coon, l’Uncle Tom, la Tragic Mulattoe…).

Hattie McDaniel dans Gone with the Wind (Victor Fleming, 1939). Ce rôle, qui lui a permis d'être la première africaine-américaine a obtenir un oscar, reste l'incarnation de l’archétype de la mammy (la servante noire, obèse et bruyante) dans lequel les actrices noires ont longtemps été cantonnées.

Des films comme Cotton Comes To Harlem (Ossie Davis, 1970), Shaft (Gordon Parks Jr., 1972), , Superfly (Gordon Parks Jr, 1972) et The Mack (Michael Campus, 1973)  font évoluer leurs personnages, essentiellement noirs, dans des environnements urbains.

Les problématiques sociales urbaines comme les ravages de la drogue et la lutte contre celle-ci, les relations tendues avec la police, la dégradation de l’habitat y aussi abordées.

Les films de la Blaxploitation ont amené un renouvellement des archétypes noirs dans le cinéma américain avec des personnages comme le dealer, le street hustler (le débrouillard) ou encore le pimp (le proxènete) ancrés dans un environnement urbain en opposition aux stéréotypes noirs précités qui étaient essentiellement ruraux.

Les films urbains des années 1970 et 1980

Vers la fin des années 1970, plusieurs films dont l’action se déroule dans le ghetto noir sont réalisés. Comme la Blaxploitation ces films se font l’echo des problématiques sociales urbaines de l’époque.

Parmi ces films on peut citer :

  • The Warriors (Walter Hill, 1979) traite des guerres de gangs.
  • Robocop (Paul Verhoeven, 1987) qui malgré son action située dans un futur relativement proche aborde des thèmes associés à la situation des ghettos dans les années 1980.
  • Colors (Dennis Hopper, 1988) évoque les relations entre la police et la population des ghettos, surtout les jeunes,  vues à travers les yeux d’un jeune policier incarné par Sean Penn.
  • Do The Right Thing (Spike Lee, 1989), bien que moins « sombre » que les films précités Do The Right Thing aborde aussi les problématiques sociales dans les ghettos comme les relations entre les différentes communautés ethniques ou encore les relations tendues avec la police.

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POPULATION ET REPRESENTATION DU GHETTO : LES FEMMES DANS LE CINEMA NEW JACK

Les films New Jack se caractérisent pas leur univers typiquement masculin dans lequel les femmes n’ont pas vraiment leur place. Rares sont les films New Jack qui mettent en avant  un personnage féminin. Bien souvent celles-ci sont relégués aux  seconds rôles, ceux de petite amie ou encore de mère de famille comme Angela Basset dans Boyz N the Hood.

A l’inverse des ces rôles de petites amies et mères de familles on retrouve aussi une image très mysogine de la femme, celle de la femme fatale. Hyper-sexualisée, et souvent présentée comme vénale (goldigger), la femme fatale des films New Jack est aussi vue comme une menace. C’est le cas dans le film New Jack City où une jeune femme est à l’origine de la fin du gang des Cash Money Brothers en sortant avec le leader Nino Brown (Wesley Snipes) et son bras droit Gee Money (Allen Payne). Cette représentation de la femme, et en particulier de la femme noire, est depuis longtemps présente dans le cinéma américain et même dans les cartoons. Cet archétype de la femme noire lubrique et intéressée  par le luxe est connue sous le de Black Krooker ou de Jezabel.

Représentation de la Black Krooker dans le cartoon "Coal Black and de Sebben Dwarfs" (1943)

Le cas de Just Another Girl on the IRT

Bien que rarement cité lorsque l’on évoque les films New Jack, Just Another Girl on The IRT en reprend pourtant certains codes et son action se déroule dans un quartier urbain défavorisé à majorité africaine-américaine, Brooklyn (New York). Just Another Girl on the IRT a pour particularité d’avoir été réalisé par une femme, Leslie Harris. En effet, rares sont les femmes noires réalisatrices aux États-Unis. Avec ce film Leslie Harris est devenue la première femme africaine-américaine a voir sa réalisation distribuée à l’échelle nationale.

Le film raconte l’histoire d’une jeune femme Chantell Mitchell (Ariyan A. Johnson) âgée de 17 ans et résidant à Brooklyn New-York. Il nous montre donc le ghetto d’un point de vue féminin et aborde les problématiques rencontrés par les femmes évoluant dans cet environnement à travers l’histoire de son personnage principal. L’héroïne fait d’ailleurs l’expérience d’une grossesse précoce, situation bien souvent présente dans les ghettos.

Jada Pinkett Smith dans le film Menace II Society

La grossesse précoce est aussi évoquée dans le film Menace II Society avec le personnage de Jada Pinkett Smith. Celle-ci y interprète Ronnie une jeune mère de famille essayant d’élever son fils, dont le père est en prison, et de quitter la violence du quartier de South Central.

POPULATION ET REPRESENTATION DES HABITANTS DU GHETTO : MASCULINITE ET STEREOTYPES AFRICAINS-AMERICAINS DES ANNEES 1990

Les films de la Blaxploitation ont, comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, consacré tout un panel de personnages africains-américains.

Boyz N the Hood (1991)

De nouveaux types de représentation de la masculinité noire

La naissance du  cinéma New Jack dans les années 1990 consacre  à son tour un nouveau panel de représentations stéréotypées, symbolisant les tourments de son époque.

En effet, dans les années 1990, les nouveaux réalisateurs noirs issus de milieux modestes (pour la plupart) crèvent l’écran. Ils s’illustrent notamment en raison de leur engagement, de leur inventivité (qui pallie souvent un manque de moyen et de bagage technique assez évident) et de leur volonté de représenter le ghetto noir urbain tel qu’il est réellement, et non vu au travers du prisme d’une Amérique blanche.

Aujourd’hui encore, certains de ces films New Jack  demeurent des références incontournables, de véritables plongées au coeur du ghetto.
Boyz N the Hood (1991) montre plusieurs facettes de l’homme Noir habitant du ghetto. Le personnage principal interprété par Cubba Gooding Jr est issu des milieux pauvres de Compton en Californie. Il est sans cesse tiraillé entre la tentation de l’argent facile de la rue (traffics en tous genres) et l’éducation stricte de son père (interprété par Laurence Fishburne), qui souhaite pour lui une vie meilleure.

Les acteurs Laurence Fishburne et Cuba Gooding Jr. dans le film Boyz N the Hood (1991)

Une fois encore, ce n’est pas tant le personnage du « Black criminal male stereotype » tant décrié par les médias américains conservateurs qui est mis en avant, c’est un habitant des quartiers pauvres, en manque de repères et en lutte contre ses démons intérieurs qui est offert à la vue du spectateur.

Toutefois, on note que ce genre de portrait conduira, par la suite, à la surrenchère et à la caricature comme dans les très célèbres CB4 (Tamra Davis, 1993)  et Spoof Movie (Paris Barclay, 1996), tous deux des parodies des films New Jack profondément associés à une époque, une culture, une musique (New Jack Swing,  Gangsta Rap) et surtout, à une volonté des réalisateurs de s’émmanciper de l’imagerie traditionnelle des films sur le ghetto.

Le dernier exemple que nous pouvons citer est celui du film  New Jack City (Mario Van Peebles, 1991). Dans ce film, le personnage de Nino Brown (Wesley Snipes) incarne le dealer le plus influent de New-York. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier Nino: il est charismatique, intelligent, machiavélique et dangereux. Autrement dit: il est un personnage auquel les spectateurs (Noirs) voudront s’identifier, car il est l’apogée de l’ « American Dream » tant convoité par des populations des ghettos frustrées et résignées du manque de moyens et d’opportunités auxquelles elles se heurtent quotidiennement.

Wesley Snipes incarnant le rôle emblématique de Nino Brown dans le film New Jack City (1991)

Pour conclure, ce que l’on peut dire des films issus du courant « New Jack » et de leur représentation de la masculinté noire, c’est que ces films sont en droite ligne de la Blaxploitation en ceci que les personnages masculins représentés s’émancipent des carcans stéréotypés dans lesquels ils sont enfermés depuis le début . Tour à tour rusé, menteur, escroc mais aussi fort et armé, le « criminal Black male sterotype » apparaît tant comme un Noir que comme un être humain à part entière, ce qui est encore inédit dans le cinéma américain de l’époque.

L’EVOCATION DES PROBLEMATIQUES SOCIALES : LA DROGUE

Depuis les années 1970, le marché de la drogue et sa consommation ont connu une croissance importante dans les ghettos noirs américains.

Morceaux de crack : Le crack se présente généralement sous la forme de petits cailloux que l'on fait fondre dans des pipes (crack piper).

Le crack figure parmi les drogues les plus consommées avec la cocaïne et l’héroïne. C’est un dérivé de la cocaïne moins onéreuse à produire et créant une addiction rapide chez ses utilisateurs. La consommation du crack s’est étendue à une échelle telle que l’on a même parlé d’épidémie du crack. Cette consommation a eu des conséquences sociales néfastes sur les ghettos noirs déjà fragilisés par un chômage important et la disparition des services publics de qualité.

L’addiction au crack a créé une désagrégation de la cellule familiale dans ces quartiers. Le crack a  aussi provoqué une augmentation de la violence dans les ghettos noirs. Cette violence c’est d’abord celle des gangs qui se disputent de manière très violente le commerce  lucratif de la drogue dans ces quartiers. Durant les années 1980 et 1990 on assiste à de véritables guérillas urbaines dont le but est le contrôle d’un pâté de maison ou même d’une rue pour la vente de la drogue. Il y a aussi la violence créée par la drogue elle même qui provoque des comportements violents chez ses utilisateurs.

New Jack City

Parmi les films New Jack  de notre corpus New Jack City est celui qui évoque le plus la drogue et ses effets au sein des ghetto noirs et ce dès la scène d’ouverture où des voix off évoquent les dégâts provoqués par la drogue dans la ville de New York.

Nino Brown, le personnage principal incarné par Wesley Snipes, est à la tête d’un gang The Cash Money Brothers qui s’accapare le marché de la drogue de son quartier, en éliminant  au préalable physiquement toute concurrence et en prenant le contrôle d’une cité HLM (projects) nommée Cité Carter. Nino Brown n’hésite pas à faire chasser les habitants de la Cité Carter qu’il transforme en un complexe ultra sophistiqué de fabrication, de vente et de consommation du crack.

Dans New Jack City tous les personnages principaux ont un lien plus ou moins direct avec la drogue. Nino Brown (Wesley Snipes) fait fortune en prenant le contrôle du marché de la drogue dans son quartier, il en a aussi fait usage lors de son rite d’initiation qui consistait à tuer une personne au hasard afin d’être accepté dans un gang. Les policiers Scotty Appleton (Ice-T)  et Nick Peretti (Judd Nelson) qui enquêtent sur Nino Brown ont eux aussi eu affaire à la drogue. Le premier ayant perdu sa mère assassinée par un jeune junkie, qui se révèle être Nino Brown lors de son rite d’initiation, et le second étant un ancien junkie.

Pookie (Chris Rock) dans New Jack City (1991)

Le personnage de Pookie dans New Jack City (1991), interprété par Chris Rock, nous fait découvrir l’univers de la drogue du point de vue d’un junkie. Les effets de la drogues sur ce personnage sont visibles tant au niveau de son  physique, il est sale et ses dents tombent, qu’au niveau de sa personnalité, violent il n’hésite pas à s’attaquer à une femme pour de la nourriture. Le personnage de Pookie nous permet aussi d’avoir un aperçu des difficultés rencontrés par les anciens consommateurs de crack pour mettre fin à leur addiction à la drogue. Pookie devenue « clean » rechutera lors d’une mission d’infiltration au sein de la Cité Carter contrôlée par les Cash Money Brothers.

Le personnage de Pookie a tellement marqué les esprits qu’il a donné son nom aux consommateurs de crack.

LES RAPPORT ENTRE POLICE ET COMMUNAUTES NOIRES DANS LE CINEMA NEW JACK

Les films issus du courant cinématographique de la New Jack sont, nous l’avons déjà mentionné dans un article antérieur, des témoins assez fidèles des réalités concrètes des ghettos noirs qu’ils retranscrivent.
En effet, l’ensemble des maux urbains inhérents aux populations de ces quartiers sont abordés. On note, au rang des plus importants: la place de l’homme et de la femme noirs, l’émergence de la drogue et l’explosion du « crack », dérivé bon marché de la cocaïne , ou encore, et c’est ce sujet qui fera l’objet de notre présent article, les rapports entre les forces de Police et les communautés des ghettos noirs.

Sean Penn dans Colors (1988)

Ces rapports sont souvent retranscrits comme houleux et problématiques dans une majorité de films de la période, voir l’interrogatoire musclé  que subissent les personnages principaux suite au meurtre d’un des leurs dans Juice (1992) ou encore la bastonnade dont sont victimes O-dog et ses amis dans Menace II Society (1992).

Certains réalisateurs de films tels Spike Lee ou Mario Van Peebles se sont efforcés de représenter  ces rapports avec le plus de justesse possible. Par exemple, dans Do the Right Thing (1989), c’est une bavure commise par des policiers (ils ne sont pas tous Blancs) envers un jeune du nom de Raheem qui déclenche l’explosion de violence latente qui tendait à se cristalliser quelques jours avant ce drame. Le décès d’un jeune lors de cette intervention de la poli, ce n’aura, en défintive, fait que révèler au grand jour un certain nombre de tensions qui s’étaient installées non seulement entre communautés italo-américaine et afro-américaine, mais également entre les forces de Police et les jeunes noirs habitant le ghetto (l’utilisation de la chanson du groupe de rap Public Ennemy, au titre évocateur de « Fight the Power » – le « Power » étant ici au main des autorités policières – témoigne d’ailleurs de cet état d’hostilité larvé qui ne demande qu’à éclore).

Un problème ancien

Il faut savoir que le problème des rapports entre la Police et les habitants des ghettos est pointé du doigt depuis la fin des années 1960, et notamment par le  Black Panther Party , organisation militante noire issue de l’idéologie radicale de Malcolm X . A cette époque, le problème récurrent de la violence dans les ghettos noirs, aussi bien de la côte Ouest que de la côte Est, demeure, de l’avis d’une majorité d’habitants de ces quartiers, le problème de la violence policière. C’est par ailleurs le meurtre d’un jeune noir de 19 ans, Denzill Dowell, dans le ghetto d’Oakland, qui mettra le feu aux poudres et donnera naissance au Journal officiel du Black Panther Party en 1968.

Confrontation entre des membres du Black Panther Party et des policiers

20 ans plus tard, les relations police/jeunes noirs des ghettos se sont considérablement complexifiées, et c’est ce qu’un film comme « Colors » de Dennis Hooper tente de faire partager au spectateur. A travers ce film de 1989 , c’est une immersion à travers le quotidien de deux policiers, l’un jeune (Sean Penn) et l’autre plus âgé (Dennis Hooper) qui nous est offerte. Tandis que Sean Penn est une jeune recrue emplie de l’espoir de changer le monde, son partenaire, beaucoup plus pragmatique et lassé de tout, lui enseigne que rien n’est aussi simple que ce qu’il y paraît, et que de perdre ses illusions fera de lui un homme. L’issue tragique du film apparaît comme l’enseignement suprême, une sorte de passage de témoin entre deux générations de policiers pris dans la même tourmente, ou la vie ne tient qu’à un fil.
Cette réalisation est assez hors-norme, car elle montre, sans volonté de complaisance ou de moralisation excessive, les rapports entretenus entre la police et les jeunes des ghettos noirs, mais, d’un point de vue inhabituel, celui de l’officier chargé de faire respecter la loi et l’ordre (même si la loi et l’ordre ne sont finalement pas des notions statiques et indélébiles, qui marqueraient une frontière clairement définie entre le bien et le mal). Ce choix délibéré du réalisateur marque une volonté de ne pas tomber une fois de plus dans une simplification à outrance, qui voudrait que l’on réustilise de façon incessante les mêmes stéréotypes récurrents, et séculaires. C’est d’ailleurs cet aspect et ce ton très « juste » qui fait de Colors l’un des films de référence de la période, et qui confère ses lettres de noblesse à un genre cinématographique qui flirte, par moment, avec le documentaire social.

Pour conclure cet article, nous pouvons dire que cette représentation de la police dans les films New Jack émane d’une critique plus générale de l’Amérique des 90’s, et ce, tant du côté des forces de l’ordre, que de celui de la jeunesse noire des ghettos.